Tout tranquillettement nous nous enfonçons dans 2026 et, janvier passé, c’est le temps des crêpes de la Chandeleur… Al Tchnd’leûse, on fêt des restons. Et février se fait promesse de mois le plus gourmand, entre Chandeleur et ses crêpes qui célèbrent la lumière et Mardi gras, dernier jour de bombance, avant Carême...
Pou fè des rèstons, c’est’ auji. D’el farène, dès oûs, du lacia. C’est l’mimme pô les bôquettes oû bîn les vôtes. Mè atincion d’ n’ni les clâper au plafond… Mè mpoupwè es d’jeu là al Tchand’leûre, el 2 d’févié? C’est là que la lumière qui gagne sur l’obscurité et la terre promet les meilleures récoltes. Alors la crêpe dorée se prend pour le soleil luisant, clair et beau et février se fait mois gourmand, entre Chandeleur et Mardi Gras d’avant Carême.
Les cultes païen et chrétien se rejouent chaque 2 février…
Ainsi, la Chandeleur répète la tradition des Rois Mages et de la galette des Rois, tant par ses racines païennes et chrétiennes que par le symbolique véhiculé.
Victoire de la lumière et promesses de bonnes récoltes? Un espoir que renforçait, chez les Celtes comme chez les Romains, une fête aux « chandelles », aux flambeaux. Lumière et fertilité se confondent alors dans les « Lupercales ».

Et les crêpes accompagnent cette révolution marquée par la succession des solstices et des équinoxes et incarnent cette attente de prospérité. Rondes, chaudes et dorées, elles rappellent… le soleil. A propos, ne disait-on pas, là aussi, la même chose de la galette des Rois?

La religion chrétienne convoquera alors cette célébration pour fixer deux de ses événements majeurs: les « relevailles » de la Vierge Marie, après la période qui a suivi l’accouchement et pendant laquelle la mère, la parturiente, se refait des forces, ne participe pas aux activités domestiques et se consacre au nouveau né, et la Présentation de Jésus, « lumière du monde », au Temple.

Fête religieuse fixe, le retour de « couches » et la présentation interviennent 40 jours après Noël et 27 jours après l’Epiphanie.
Abondance et richesse
Reste surtout aujourd’hui la tradition de la crêpe, liée à la fertilité, à l’abondance et à la richesse. « On dit que la crêpe apporte la prospérité dans la maison », confirme Patrick Rambourg, historien des pratiques culinaires et alimentaires. Et de donner quelques exemples: dans certaines maisonnées, on donnait la première crêpe aux poules pour qu’elles pondent des œufs de qualité tout au long de l’année. Investissement mesuré: la première crêpe est toujours ratée… « Au XIXe siècle, on tapait une crêpe sur le tronc d’un noyer pour que l’arbre nous donne beaucoup de noix ».
On dit aussi qu’il faut poser la première crêpe sur l’armoire pour assurer la prospérité pour une année à la maison.
Pratiques culinaires et traditions

Si les origines de la Chandeleur se sont perdues, la tradition de la crêpe demeure. Selon une étude Opinion Way pour Bonne Maman datant de 2016, citée par Gault et Millau, 90 % des Français fêtent la Chandeleur et, en moyenne, les Français consomment cinq crêpes par personne (7 pour les 18-25 ans).
Une autre étude Odoxa pour Nutella de 2018 révèle que près des trois quarts (74%) des français n’attendent pas une occasion spéciale pour se faire plaisir. Comment les accompagner? Saupoudrées de sucre, dans 41% des cas, de confiture pour 23% et 22% étalent la pâte à tartiner chocolatée. Mais, s’en étonnera-t-on, tout ceci est genré et évolue avec l’âge: la pâte à tartiner a la préférence du genre féminin et des jeunes adultes, de 18-24 ans. Mais plus on vieillit, plus on sucre – les crêpes, et pas seulement les fraises: 20% pour les 18-24 ans et 50% pour les 50-64 ans. Dernière question d’un intérêt majeur: comment les présenter? 55% de Français plient leurs crêpes en triangle et 42% se les roulent…

Sans compter que les pratiques et dictons autour de la Chandeleur et de la crêpe restent vivaces. Qui n’a tenté de lancer la crêpe en l’air, et de la recevoir, parfaitement plate dans la poële, sur son envers, en tenant une pièce de monnaie, à défaut d’un Louis d’Or, à la main? Encore les choses seraient-elles bien engagées en se contentant d’en manger: « qui mange des crêpes quand la chandeleur est arrivée, est sûr d’avoir argent pendant l’année ».
Les dictons disent aussi les préoccupations de l’agriculteur, dans cette période de l’année où tout se joue et où tout est possible: « A la Chandeleur, l’hiver se meurt ou reprend vigueur »… Alors, si on est assuré que « Chandeleur à ta porte, c’est la fin des feuilles mortes » on craint « A la Chandeleur, grande neige et froideur ».
C’est bien pourquoi « à la chandeleur, Quéré fait des crêpes jusqu’à pas d’heure ».

La recette
Alors, il ne reste plus qu’à noter cette recette, pour d’excellentes crêpes, légères et goûteuses. Avec des produits de premier choix…
ingrédients
1/2 litre de lait entier
250 gr de farine
4 oeufs
une pincée de sel
beurre
préparation
Mettre la farine, passée au tamis, dans un cul de poule avec une pincée de sel. Faire un puit.
Battre les oeufs comme pour une omelette. les incorporer à la farine.
Verser le lait petit à petit tout en battant au fouet et en évitant la formation de grumeaux.
La pâte est prête si elle est liquide. Plus épaisse, elle fera des pancakes ou des blinis.
Pour la cuisson:
badigeonner la poêle chaude d’un peu de beurre fondu, verser une petite louche de pâte et la répartir d’un mouvement circulaire rapide sur toute la poêle. Attention, il en faut peu, pour éviter de faire des crêpes trop épaisses.
Retourner la crêpe et la dorer de l’autre coté.
A vous donc, avec les crêpes, à la Chandeleur, bonheur et richesses…
(°) Pour faire des restons, c’est facile. De la farine, des oeufs, du lait. Mélanger. C’est la même chose pour faire des bouquettes ou bien des vôtes. Mais pourquoi à la Chandeleur le 2 février? Ce sont les cultes païen et chrétien qui se rejoue dit le malin. Pour faire plaisir aux enfants, dit l’autre… Ou pour avoir de l’argent…
reston, boukket, vôte désignent la crêpe selon les régions de Wallonie.
Bernard Chateau,
