Le Collège Cardinal Mercier
Lorsqu’on prononce le nom » Cardinal Mercier « , c’est spontanément au Collège qui porte son nom, à Braine l’Alleud, et qui a fêté son centenaire lors de l’année scolaire 2024-2025, que l’on pense. Celui, dont on commémore cette année le centième anniversaire de la mort, laisse une œuvre qui dépasse largement cette institution.
L’éducation est une mise en valeur plus qu’une mise en tutelle et il existe autant d’éducations à faire qu’il y a de personnes à éduquer.
Cardinal Mercier


Le Collège Cardinal Mercier. Source: delcampe.net
Le CCM centenaire est aussi un ensemble architectural remarquable.
Le concept initial, promu par le cardinal Mercier, est d’éviter l’uniformité et de développer un ensemble pavillonnaire paysagé. Au premier contact, on remarque l’esprit pittoresque et campagnard, inspiré des architectures anglo-normandes, qui a marqué le travail d’Ernest Delune, par ailleurs architecte de l’Art Nouveau. Il s’agissait de créer les conditions propices à permettre que s’accomplisse sa conception de l’enseignement, d’une étonnante modernité : « L’éducation est une mise en valeur plus qu’une mise en tutelle et il existe autant d’éducations à faire qu’il y a de personnes à éduquer. »
Répondant au souhait du doyen de Braine-l’Alleud, l’abbé Frédéric Glibert, Le 22 septembre 1923, le cardinal Mercier avait chargé l’abbé René Verbruggen de fonder le Collège.
Quelques mois plus tard, le 7 mai 1924, le Collège débute dans une installation provisoire avec quatre élèves, deux internes et deux externes, regroupés en une 7e préparatoire (6e primaire).
Le 9 juin 1924, le cardinal Mercier bénit la première pierre du Collège.
En octobre 1925, le premier bâtiment est achevé.
La statue du Cardinal Mercier en façade fut commandée en 1931 et inauguré en 1935 par LL. MM. le roi Léopold III et la reine Astrid.
L’enfance
Désiré Mercier voit le jour à Braine-l’Alleud le 21 novembre 1851 dans une famille à la fois bourgeoise et catholique.

D’origine française, elle se serait installée dans ce qui deviendra la Belgique au milieu du XVIIe siècle. Son grand-père avait été maire de Braine-l’Alleud, son père Paul-Léon tira du mousquet en 1830 lors des combats de Bruxelles, et un de ses oncles, Edouard Mercier fut nommé Ministre des Finances en 1840, dans le gouvernement libéral homogène Lebeau – et Ministre d’Etat en 1845.
Paul-Léon, qui dirigera une distillerie, avait épousé Barbe Croquet, que ses voisines avaient pris l’habitude d’appeler « la sainte Madame Barbe ». Était-ce en raison d’une dévotion particulière : son frère, Adrien-Joseph Croquet, évangélisa durant quarante ans l’Orégon. Est-ce en raison du dévouement dont elle fit preuve au décès prématuré de son mari, en 1858, alors que le petit Désiré a seulement 7 ans, et six frères et sœurs ? Les trois filles deviendront religieuses ; l’aîné médecin.
On sait ce qu’il advint de Désiré Joseph : il se destinera à la prêtrise.
La formation
C’est à Malines, au Collège Saint-Rombaut, qu’il fait ses études classiques, avant le Grand séminaire, où il s’oriente vers la philosophie. Et puis c’est la faculté de Théologie de l’Université de Louvain, où il tient son doctorat en juillet 1877.
Son enseignement de la philosophie au Collège de Malines sera de courte durée. Deux ans plus tard, le Pape Léon XIII le charge d’une chair de philosophie thomiste à l’Université de Louvain, sur recommandation de l’évêque de Tournai. « Désir de savoir, mieux encore de comprendre », tel est alors son leitmotiv.
Désir de savoir, mieux encore de comprendre.
Cardinal Mercier
Après s‘être intéressé à la biologie, son cours de « Haute philosophie selon Saint-Thomas » est inauguré et commence par la psychologie. Sa démarche est hardie et il s’attire des détracteurs, qui contient. Il faut dire qu’il est un des premiers à prôner l’abandon du latin dans l’enseignement de la philosophie et que face à la science, il adopte une posture pas moins osée.
Il ne faut pas aborder les problèmes de la physique, de la chimie, de la biologie, ceux de l’histoire ou de l’économie sociale avec le dessein préconçu d’y chercher une confirmation de nos croyances religieuses.
Cardinal Mercier
Il importe de rechercher « avec désintéressement la vérité, toute la vérité, sans se préoccuper de ses conséquences », dit-il. Plus tard, il rappellera aux maîtres et aux étudiants de l’Université de Louvain les droits de l’investigation rationnelle, ramenant la question à une théorie de méthodologie scientifique: « Assurément, il y a des heures, celles de la recherche scientifique, où la neutralité nous est commandée. Il ne faut pas aborder les problèmes de la physique, de la chimie, de la biologie, ceux de l’histoire ou de l’économie sociale avec le dessein préconçu d’y chercher une confirmation de nos croyances religieuses ». Il fit beaucoup pour créer une « société internationale des savants catholiques », en vue de favoriser la recherche. Mais les intégristes firent plus et eurent alors gain de cause.
L’académicien

C’est à titre de philosophe que l’Académie de Belgique invita Désiré Mercier à prendre rang parmi ses membres. Élu correspondant de la Classe des Lettres le 4 décembre 1899, et membre titulaire le 5 mai 1902, il assuma aussitôt dans les travaux de la Compagnie une part active, où il est aisé de reconnaître les grandes préoccupations qui étaient devenues la trame de sa vie scientifique. Ainsi de son « Étude sur la Psychologie expérimentale et la philosophie spiritualiste » .
Le cardinal
En 1906, le pape Pie X le nomme archevêque de Malines et il est fait cardinal en 1907.
Lorsqu’il travaille à répartir plus équitablement la richesse publique, le socialisme a raison.
Cardinal Mercier
Malgré des écrits qui peuvent interroger, on retiendra aussi une vision sociale certaine. Il apporta son appui à la création des syndicats chrétiens et, après-guerre, à l’abbé Cardijn dans la création de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne.
Et dans une lettre pastorale de 1909 il eut ces mots : « Lorsqu’il travaille à répartir plus équitablement la richesse publique, le socialisme a raison ».
Le résistant
Il est à Rome, participant au conclave qui désignera le pape Benoît XV, quand éclate le premier conflit mondial. Il est outré par les agissements de l’occupant sur la population, par l’incendie de Louvain et de la bibliothèque de l’Université, par le bombardement de la cathédrale de Malines.
Mais son choix patriotique est fait, sans concession, au risque de sa personne. Le 1er janvier 1915, dans toutes les églises du diocèse de Malines il fait lire :
Le pouvoir occupant n’est pas une autorité légitime. Et, dès lors, dans l’intime de votre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance. Nous avons la prétention de rester, intérieurement, de coeur et d’âme, insoumis !
Cardinal Mercier

« Le pouvoir occupant n’est pas une autorité légitime. Et, dès lors, dans l’intime de votre âme, vous ne lui devez ni estime, ni attachement, ni obéissance. Nous avons la prétention de rester, intérieurement, de coeur et d’âme, insoumis ! »

Ce courage lui valu une vraie vénération, unanime. Le libéral Paul Hymans, alors Ministre des Affaires étrangères, dont on sait par ailleurs l’engagement maçonnique – et qui participa à la renaissance de Loges belges à Londres en 1914-1918, l’envoya, outre Atlantique en vue de plaider « la réhabilitation économique de la Belgique ».
L’après-guerre
Quoique conscient de la marmite sociale et politique qui bouillait au sortir de la guerre, Les évolutions d’après-guerre lui ont semblé précipitées et spécialement l’octroi du suffrage universel : c’est qu’inéluctablement le pouvoir aurait à être partagé avec un troisième parti, le parti socialiste.
Il favorisa donc autant qu’il put l’esprit de coalition et notamment demanda que cesse la campagne du Bulletin antimaçonnique.
Par ailleurs, et d’évidence, il se rangera du côté wallon dans cet autre bouillonnement que seront les revendications flamandes. Cette position est regardée comme l’ «un des points les plus discutés et les plus discutables de son épiscopat » dans les milieux flamingants.
Dès avant la guerre, son ouverture au bilinguisme n’avait pas suffi à calmer les exigences flamandes dans l’enseignement et à l’Université de Louvain, ce qui suscita déception et indignation dans les milieux flamingants.
Et s’il avoir accordé une attention bienveillante à la situation des soldats flamands au front, l’après-guerre accrut le fossé: alors que les revendications iront s’amplifiant, sa conviction que la reconstruction nécessitait l’unité du pays allait à contre-courant.
Il consacra aussi, voire surtout, sa fin de vie à la réconciliation des églises orthodoxes, anglicanes et catholiques, contre le courant catholique majoritaire. Il entamera ainsi les « entretiens de Malines », qui sont le point de départ d’un oeucuménisme naissant, bousculant au passage l’opposition du pape qui réfutait l’idée-même que Mercier avait exprimée en parlant « des frères dans la foi chrétienne ».
Les funérailles nationales
Atteint d’un cancer, et hospitalisé à la clinique de la rue du Marais à Bruxelles, le cardinal Mercier mourut le 23 janvier 1926. A l’initiative du socialiste Emile Vandervelde, le gouvernement lui fit des funérailles nationales. Emile Vandervelde était membre de la Loge Les Amis Philanthropes du Grand Orient de Belgique.

Il repose à la Cathédrale Saint Rombaut de Malines, dans une chapelle oecuménique. Le mausolée est l’oeuvre du R. P. Ephrem-Marie a Ksynia, franciscain polonais, dernier prêtre ordonné par le Cardinal Mercier.
L’autel a été réalisé par les frères Devroye.


A gauche le tombeau – à droite la plaque offerte par l’église anglicane
Une plaque, offerte par les anglicans, rapelle les «Conversations de Malines», qui ont ouvert le premier dialogue interecclésial entre l’Eglise Romaine et la Communion Anglicane depuis la séparation au XVIe siècle. Les icones de la réconciliation représentent la dimension orientale de l’Eglise et la relation avec la Sainte Eglise Orthodoxe.
Bernard Chateau
