On a traité déjà, ici, des quatre anniversaires qui seront célébrés cette année à Nivelles : le 1400ème anniversaire de la naissance de sainte Gertrude, le 750ème du Tour Sainte-Gertrude, les 20 ans du buste-reliquaire et les 980 ans de la dédicace de la Collégiale.
C’est à cette pièce exceptionnelle et plurielle du Patrimoine de Wallonie que je vous propose de nous intéresser, avec un focus particulier sur un élément majeur et magique des édifices religieux : le vitrail.

Une longue histoire de travaux

La Collégiale sera construite sur les ruines d’une église, détruite par les flammes, pour être inaugurée en 1046 en présence de l’empereur Henri. Comme il arrive aux édifices religieux, les transformations égraineront ce presque millénaire.
Mais diverses vicissitudes forceront à des travaux d’ampleur : un incendie en 1641, un autre le 24 février 1804 et, le soir du mardi gras 1859, le 8 mars 1859, la foudre enfin provoquera un incendie qui la ravagera.
Le bombardement du 14 mai 1940
Le 14 mai 1940, Nivelles est prise pour cible par l’aviation allemande : plus de 900 habitations et de nombreux édifices publics sont ravagés par les bombes incendiaires, dont la collégiale. La flèche métallique se tord, se courbe et s’abat au sol. Les cloches se détachent. La toiture est détruite, les fenêtres, les bois. Le rapport des « Dommages de guerre » de 1943 qualifie le sinistre de « total » au sens de la législation sur les destructions par faits de guerre.
Si l’intention de reconstruire ne fait pas l’objet de discussions, après la première phase des travaux, le choix architectural de la façade est l’objet de disputes entre architectes et spécialistes et c’est le député-bourgmestre Alfred Stockaert qui tranche.

Un référendum
Ou plutôt qui donne à ses administrés l’occasion, remarquable et assez inédite, de se prononcer par referendum sur la façade, entre trois propositions. Il y a la première, une reconstruction à l’identique de la flèche. Il y a la deuxième, minimaliste : une forme de toiture plate sur l’avant-corps de la collégiale. Il y a enfin l’option trois : retourner au style roman primitif visible sur le sceau du chapitre de l’abbaye dès le XIIIe siècle.

avant la seconde guerre
Sur 11 200 votants inscrits, 6 927 se sont exprimés, soit 61,84 % des électeurs. La solution A (flèche gothique) a remporté 2 742 votes, soit 39,58 % des voix. Le compromis résigné du rien (B) n’a intéressé qu’un minimum d’électeurs : 115, soit 0,16 % des voix. Enfin, la solution C, qui prévoit une tour romane, qu’on qualifie aussi d’ottonienne, et qui culminera à 50 mètres, a recueilli le plus de suffrages : 4 022, soit 58,06 % des voix.
La logique historique et esthétique l’a emporté sur la nostalgie. Elle sera aidée par l’évolution de la population nivelloise : la ville s’est développée, et accueille de nouveaux habitants, si bien que les vieux nivellois ne représentent plus qu’un quart de la population.
L’art de la persuasion de Simon Brigode, l’architecte, aura fait le reste. La forme de la tour, carrée ou octogonale, sera arrêtée par la Commission Royale des Monuments et Sites, le 24 février 1975, et ce sera une tour octogonale.

Bernard Chateau,