HOUZEAU DE LEHAIE, honnêtes hommes. Parmi-eux: Jean-Charles.

« Il est de ces hommes peu ordinaires dont la biographie semble fusionner plusieurs vies tant ils ont abordé des rivages diamétralement opposés au travers de leurs voyages, de leurs activités professionnelles ou de leurs écrits. » Jean-Charles Houzeau de Lehaie en fait partie…

Alors, l’Observatoire à Saint-Josse-ten-Noode

Ancien observatoire à Saint Josse-ten-Noode source collection Dexia

C’est à la suite du décès de son premier directeur, Adolphe Quetelet, mort le 17 février 1874, que se forge la conviction qu’il n’y a, pour le remplacer à l’Observatoire royal de Belgique, qui est alors situé sur les hauteurs de Saint-Josse-ten-Noode, à Bruxelles, qu’un nom. Et ce nom, c’est Jean-Charles Houzeau de Lehaie.

La création de l’institution avait été décrétée par l’arrêté royal du 8 juin 1826, sous le Régime hollandais. L’observatoire était presque achevé en 1830 lorsqu’éclatèrent les Journées de Septembre. Les dommages causés par les balles et les boulets rapidement réparés, les travaux reprirent et le bâtiment dessiné par l’architecte tournaisien Auguste Payen fut terminé en 1832.

Mais Jean-Charles coule des jours heureux… à la Jamaïque, où il vit la tête dans les étoiles, à les observer, et cette idée d’un retour à l’Observatoire ne l’emballe pas. D’autant qu’il se souvient parfaitement avoir juré ses grands dieux qu’il n’y remettrait jamais les pieds… Et Jean-Charles Houzeau de Lehaie n’est pas homme à revenir sur ses engagements.

Il faudra toute la persuasion de ses amis, de l’opinion publique dit-on et celle de Léopold II, pour qu’il finisse par accepter l’offre officielle qui lui sera faite en février 1876. Entretemps, Ernest Quetelet, le fils d’Adolphe, collaborateur de l’Observatoire, aura assumé l’intérim. Nommé le 9 mars, Jean-Charles s’embarque donc pour l’Europe le 25 mars et prendra ses fonctions le 17 juin 1876, franchissant ainsi, la tête haute, la porte de l’Observatoire qu’il avait passée dans le sens de la sortie, quelques années plus tôt, sans gloire…

Dans deux ans plus tard, autre consécration, il présidera aux destinées de l’Académie de Belgique.

C’est peu dire que la roue avait tourné, depuis ce jour du 6 avril 1849, où il fut mis dehors, sans ménagements.

Jugez-en : esprit libre, comme de nombreux intellectuels, intransigeant, il ne pouvait rester insensible aux événements de 1848 ni aux idéaux républicains, non plus qu’aux ambitions de démocratie sociale à la suite de la doctrine phalanstérienne, inspirée de Charles Fourier, théorie socialiste utopique, dont il était fort question dans une Société dont il était membre : la Phalange.

Mise à l’index, elle fut remplacée par une autre association, composée de républicains de cœur, qui avait pour but de « répandre les principes de la démocratie sociale par tous les moyens pacifiques et légaux ». Elle s’appelait la « Réunion Fraternelle », inclinait pour la République et vit une de ses réunions, qu’il présidait au Prado, le 25 mars 1849, violemment perturbée par des royalistes léopoldistes. La sanction ne tarda pas et tomba comme un couperet :

Royaume de Belgiquе.
Secrétariat général. — № 61.
Le Ministre de l’intérieur,
Considérant que le sieur J.-C. Houzeau, attaché à l’Observatoire royal de Bruxelles, a pris part à des banquets organisés dans un but contraire à nos institutions;
Considérant que malgré les avertissements qu’il avait reçus, le sieur Houzeau a assisté à un banquet qui a eu lieu au Prado, le 25 mars dernier,
Arrête:
ART. 1er. Le sieur Houzeau, attaché à l’Observatoire royal de Bruxelles, est démissionné de ses fonctions.
ART. 2. Expéditions du présent arrêté seront adressées au directeur de l’Observatoire et à l’intéressé.
ART. 3. Le Secrétaire général est chargé l’exécution du présent arrêté.

Bruxelles, le 6 avril 1849.
Signé: Cн. ROGIER

Lui qui se qualifiait de «socialiste scientifique », ce qui n’était pas la revendication la plus pertinente pour s’attirer les bonnes grâces des hautes sphères du Royaume, inébranlable dans ses convictions, se mit alors à voyager… Là commencent réellement ses mille vies de grand voyageur où il aura à constater encore, et plus d’une fois, que l’esprit libre et social qui est le sien ne s’impose pas sans difficultés ni sans dangers.

Mais chacun ici reconnaîtra que, même après 25 années, après le crime de lèse majesté qu’on lui avait reproché, ce retour en grâce qui le voit Directeur de l’Observatoire sur l’insistance du Roi a quelque chose d’assez piquant. Il faut dire que 5 années seulement après sa mise à pied, il recevait une mission du Ministère de la Guerre dans le domaine de la topographie et que le 15 décembre 1846 il était nommé membre de la section sciences, physique et mathématique de l’’Académie royale…

Une famille en or

Mais nous avons là cueilli Jean-Charles Houzeau de Lehaie dans sa maturité et il nous fait reprendre les choses par le début, c’est-à-dire par sa naissance, ce qui ne saurait se faire sans évoquer sa famille montoise.

Car on ne comprend bien Jean-Charles, son frère et leurs descendants que par le caractère assez exceptionnel de sa famille.
On dira qu’il s’agit là d’une famille nobiliaire et très fortunée, largement ouverte sur les choses de l’esprit dans un élan résolument progressiste, inspiré des révolutions depuis 1789, républicain et laïque. Ses racines remontent au moins au XIV° siècle, et on trouve trace de son enracinement montois avec un certain Antoine Houzeau dès le XVII° siècle.

Mais il faut en fixer avec précision les personnages, pour éviter de s’égarer à la faveur d’une mode où de génération en génération on se partage les mêmes prénoms composés, dans des ordres que l’on secoue joyeusement…

Emblème Houzeau de Lehaie

Le père s’appelle Charles-Joseph-François Augustin (2 février 1791-13 août 1885), que l’on présente comme « l’un des bibliophiles les plus distingués du pays ». Il fut sénateur socialiste et professeur à la Faculté polytechnique de Mons. La mère, c’est Albertine-Philippine Adèle Pradier. On la dépeint comme ayant une « nature très fine et très artiste, douée d’un esprit fort cultivé, surtout porté sur les belles-lettres et très adroite dans le portrait au crayon ». C’était la fille du Préfet du département de Jemappes et elle était parente du sculpteur James Pradier.

Jean-Charles a un frère cadet : Charles-Auguste-Benjamin-Hippolyte, qui sera professeur, homme politique, parlementaire, né à Mons, le 23 juillet 1832 et décédé le 20 mai 1922. Ses domaines de prédilection sont à trouver dans la géologie et la préhistoire. En politique, il aura été un fervent défenseur du suffrage universel, des droits de la défense, de la liberté de la presse, d’un service militaire universel, dégagé de tout privilège. Charles est très ouvert aux idées des encyclopédistes, de la Révolution française, de progrès et de la laïcité. Franc-maçon – il sera Grand Maître du Grand Orient de Belgique de 1893 à 1895. Homme politique, il sera de tous les niveaux de pouvoir et, député et sénateur, il sera de L’Union interparlementaire ou UIP, organisation mondiale de parlementaires d’Etats souverains. Créée en 1889, elle est la plus ancienne des institutions internationales à caractère interparlementaire et y donnera tout ce qu’il peut de son engagement pacifiste.

Le 11 septembre 1856, Charles Auguste-Benjamin-Hippolyte Houzeau de Lehaie épousait sa cousine Mélanie-Louise-Pauline de Casembroot, née le 3 mai 1831.

De ce mariage, sont nés trois fils : Louis, Charles et Jean.

Louis est mort à l’âge de quinze ans.

Charles-Léon Alfred, ingénieur sorti de l’École des Mines de Mons, pour les mines et la métallurgie, né à Haine-Saint-Paul le 25 mai 1860, est décédé le 19 octobre 1919 à Bray-en Lù (Seine-et-Oise) où il dirigeait un groupe d’usines et de laminoirs appartenant à la Société de la Vieille-Montagne.

Le dernier des trois enfants, Jean-Auguste-Hippolyte, à Hyon le 6 mars 1867, décédé à Mons le 10 décembre 1959, fut un savant botaniste, préhistorien et explorateur et sera fort imprégné de l’esprit libre de son grand-père, de son oncle et de ses parents.

POLYTHECHNIQUE MONS CITE P. HOUZEAU DE LEHAIE source Google Maps

Mais revenons au puiné, Charles-Léon Alfred, qui épousera Bertha-Chémentine Franeau (1865-1950) le 6 avril 1885 et qui aura lui-même trois enfants : Jean-Charles, né en 1898 et décédé à 32 ans, Louise, (1902-1096) et un fils, Pierre-Charles-Arthur, ingénieur, recteur de la Faculté polytechnique de Mons, né à Hautmont (Nord, France) le 2 juin 1905, décédé à Mons le 5 août 2001. La cité estudiantine du boulevard Dolez – connue plus tard sous le nom de Cité Pierre Houzeau de Lehaie – répondait d’abord à une « volonté sociale, sa volonté de permettre à tous, même aux plus humbles des enfants du Hainaut et d’ailleurs, de pouvoir entreprendre des études universitaires ». Dans la tradition familiale, Pierre Houzeau avait été initié en 1932 à la loge La Parfaite Union (Orient de Mons), dont il fut vénérable maître de 1948 à 1950.

CITE UNIVERSITAIRE HOUZEAU DE LEHAIE source Google Maps

On a ainsi, dans un dédale certes complexe, une idée de ce que Mons et sa Région doivent à cette famille.

Dans un havre de paix et de verdure

Cette famille avait trouvé à s’implanter à la lisière verte de Mons, au Mont Panisel, dans une vaste propriété. L’Ermitage Saint-Barthélémy, dont les premières traces remontent au XIV° siècle, est entré dans la famille des Houzeau de Lehaie sous le régime français. C’est que les deux derniers ermites ne furent pas remplacés et l’ Ermitage fut mis en vente en 1757.

Au fond du chemin de l’Ermitage, la propriété se niche dans un parc impressionnant d’une trentaine d’hectares, entournée de bambous et d’orchidées, qui nourrissent la passion de Jean. En botaniste, il y ajouta une orangerie, des serres – comme son grand-père avait ajouté une aile pour y loger sa bibliothèque…

Au reste, pour conclure un article consacré à Charles-Auguste, le Pourquoi Pas ? dans sa livraison du 1° septembre 1910, choisit d’envoyer démenti cinglant à… Voltaire : « Et nous signalons un fait à M. Arouet de Voltaire, qui, peut-être, de là-haut, ricane en nous regardant, M. de Voltaire a écrit tout un roman sur l’impossibilité qu’il y a à courir le monde et à cultiver en même temps son jardin. M. Houzeau de Lehaie cultive parfaitement son jardin dans son ermitage, et cela ne l’empêche pas d’être interparlementaire, c’est-à-dire mondial. »

Jean-Charles Houzeau de Lehaie

On retiendra donc de tout ce petit monde une effervescence et une curiosité intellectuelles insatiables et une complicité affectueuse entre tous ses membres, autour d’un socle de valeurs généreuses et humanistes.

Chacun mériterait un large portrait.

Mais peut-être que parmi eux tous, celui dont la vie reste la plus exceptionnelle est-il celui que je vous évoquais en début d’article, à la faveur de ses relations à rebondissements avec l’Observatoire : Jean-Charles Houzeau de Lehaie.

Et en terme de portrait, voici celui qui est fait de lui : «De taille moyenne, de figure grande, à l’air préoccupé, au visage jaune, au regard doux et profond, à la barbe longue et grise, aux cheveux gras et tombants. Il portait invariablement un feutre mou, une redingote boutonnée jusqu’au cou, un col à pic entouré d’une grosse cravate noire, marchait automatiquement d’un air pressé, serrait sa canne avec énergie et frappait le sol de petits coups secs.»

Jean-Charles Houzeau de Lehaie

Homme pudique, on sait peu de sa vie privée, si ce n’est qu’il s’est marié à Londres avec Marie-Virginie Discry (1812-1865), originaire de Neupré, qu’il épouse en 1854. Et, ensuite, le 22 avril 1883, à Londres, avec Catherine Backes, qu’elle était née le 10 décembre 1811, qu’elle mourra à Schaerbeek le 16 mars 1894, six ans après son mari. Jean-Charles n’aura pas d’enfant, ni de son premier, ni de son second mariage.

Ce chapitre vite évacué, il reste à évoquer la jeunesse de Jean-Charles Houzeau de Lehaie et surtout ses activités, multiples, ses voyages et ses engagements courageux.

Jean-Charles Houzeau est né à Mons le 7 octobre 1820, à l’Ermitage familiale. C’est au sein de sa famille qu’il reçoit ses premières leçons, jusqu’au Collège de Mons, qu’il quitte à 17 ans, après de brillantes études, sanctionnées d’une médaille d’argent, pour un parcours scolaire exceptionnel.

La voie universitaire est une évidence. Pour ses parents. Guère pour lui. L’idée de devoir se cantonner à une spécialité et de devoir renoncer à toutes les autres, des sciences dures aux sciences humaines, et un examen raté sur un cours de botanique auront suffi à lui faire abandonner l’Université de Bruxelles et sa discipline rigoureuse (nous sommes au milieu du XIX° siècle). Il avait fait, avant cela, un passage à l’Ecole des Mines, de Mons. Chose remarquable, ses parents lui font confiance et accompagnent son choix vagabond. Alors, il rentre à Mons où il construit sur le mont Panisel un observatoire, où il commence sa propre école : il observe, note, partage, écoute, échange – bref, l’autodidactisme sera sa seule école.

Et il écrit et publie dans l’Emancipation et le National, sous la signature « J.C. ». Cette activité de « journaliste dérangeant », comme l’aurait dit un ancien Administrateur général de la RTBF, se développe à côté de celle d’auteur d’écrits scientifiques car les sciences restent son domaine de dilection. « C’est une grande satisfaction pour moi de ne donner mon temps à personne, d’étudier ce qu’il me plaît, d’errer par monts et par vaux dans le domaine de l’intelligence, sans obligations qui me commandent, sans occupations fastidieuses insignifiantes. Ce n’est pas que je travaille sans but, mais je travaille comme il me plaît. Ces trésors que j’acquiers et que j’accumule, c’est à ma liberté que je les dois », conclut-il, conscient de son privilège.

Et dans le même temps, il publie. Sa première publication porte sur la lumière zodiacale, et date de 1844.

En 1839, il publie son premier volume : DES TURBINES, DE LEUR CONSTRUCTION ET DE LEUR CALCUL. Bientôt il suit les cours de la faculté des Sciences de Paris avant de devenir assistant à l’Observatoire royal de Bruxelles. Il fréquente Quetelet et se forme aux mathématiques. C’est là que nous l’avons trouvé déjà et abandonné, en 1849, chassé pour ses idées et commençant ses voyages – en Europe d’abord, où il se concentre sur les bibliothèques, plus que sur les lieux de villégiature.

« on a parlé souvent aux intérêts, nous nous contenterons de parler à l’intelligence et au cœur ».

Jean-Charles Houzeau de Lehaie

Il s’installe à Paris au début des années 1850, publie et revendique : « on a parlé souvent aux intérêts, nous nous contenterons de parler à l’intelligence et au cœur ».

Mais son approche des sciences n’est jamais loin de ses valeurs humanistes et universalistes. Ainsi, lorsqu’il écrit, en 1854, un ESSAI D’UNE GEOGRAPHIE PHYSIQUE DE LA BELGIQUE, il écrit :

« Nous allons donc entreprendre l’étude de la Patrie, non pas de ce point de vue étroit qui consiste à ne voir que soi-même, mais de ce point de vue plus élevé qui nous rattache à tous les âges et à tous les climats, et qui ne reconnaît dans notre pays qu’un fragment d’une plus vase patrie, celle de tous les humains. »

Cet ouvrage se conclut par une leçon sur l’immigration, d’une parfaite évidence et d’une rare actualité, singulièrement si on la regarde à l’aune des dérèglements climatiques dont l’urgence paraît hélas aujourd’hui bien secondaire :

« En s’éloignant de l’équateur la vie devient peu à peu une lutte contre les éléments extérieurs. Il faut donc que les peuples du Nord se retrempent, par une sorte de communauté de pensée, au contact des peuples du Midi. Il faut reconnaître enfin que tout n’est pas dans la patrie, ou plutôt qu’il n’y a de véritable patrie qu’à la condition d’embrasser le globe entier. »

Mais bientôt, ces limites de la Belgique semblent l’étouffer, et même celles de l’Europe dont il étudie l’histoire du sol pour conclure ainsi son introduction, la comparant aux Etats-Unis, dans un vibrant appel à la construction européenne :

« Que l’Europe obéisse à ses intérêts, qu’elle s’abandonne à son avenir naturel et notre continent, à son tour ne formera que des Etats-Unis ! »

On croit lire Hugo dans ses Etats-Unis d’Europe.

On devine la suite : il a 37 ans et va s’embarquer à Liverpool vers la Nouvelle-Orléans, à bord d’un bateau à voile dans une traversée qui durera bien cinquante jours, faisant son ordinaire de pois secs et de lard salé, assumant ses choix, oubliant le confort que sa famille peut lui apporter.

Mais dans ce qu’il voit comme un modèle démocratique, original et remarquable, il découvre l’esclavage. Son choix est vite fait : comme il avait apporté son soutien au prolétariat sur le vieux continent, il épousera la cause anti-esclavagiste, narrant dans TERREUR BLANCHE comment il a aidé à la fuite d’esclaves et résisté aux ordres de planteurs. On devine pour cette activité n’a pas que de appuis et bientôt, et plusieurs fois, sa vie est sérieusement en jeu. Pour se sauver, il lui faut fuir, au Mexique, avant de revenir à la Nouvelle Orléans, sous la fausse identité de Dalloz, et où ses engagements ne faiblissent pas. Mieux, il prend la direction d’un journal La Tribune de la Nouvelle Orléans, qui visait à la révolte des consciences.

A l’abolition de l’esclavage, à laquelle il avait œuvré, vers le milieu des années 1860, il part pour la Jamaïque, où il débarque le 5 juin 1868, achète une ferme, aide autour de lui, observe et écrit, publie, adresse des articles scientifiques et des notes à l’Académie Royale de Belgique.

IRM à Uccle source Généanet httpswww.creativecommons.orglicensesby-nc-sa2.0frdeed.fr

C’est là que l’Observatoire va revenir dans sa vie, pour rompre ces années de sérénité, mais seulement un temps. Le temps de tout bouleverser, de tripler le personnel, de séparer astronomie et météorologie, de lancer le projet d’une construction d’un nouvel observatoire, à Uccle. On dit que les atermoiements autour de cette nouvelle implantation l’auraient lassé. Toujours est-il qu’en juin 1878 il repart, revient, repart, revient enfin et s’installe à Schaerbeek. Il observe, écrit, des choses scientifiques, des choses politiques et sociales, égratignant au passage parti catholique et religion :

« On élève de nouvelles chapelles à la Vierge miraculeuse de Lourdes ; on étend l’Immaculée Conception à la mère même de Marie. Là il n’y a pas de vérification possible. Or, pour l’ignorant plus il y a de sottises, mieux c’est. Plus il est ignorant, mieux on le mène. Les absurdités font sortir des rangs quelques hommes, fort peu ; mais ce qui reste est d’essence docile, et le tour est joué »…

Mais cette vie même l’aura usé et ne se sera jamais débarrassé d’une mauvaise fièvre contractée en Jamaïque: « La machine est détraquée, les organes sont usées et les matériaux sont trop vieux pour qu’on puisse les remettre en état. »

Alors il écrivit son testament : « Ma volonté est d’être enterré civilement. Mes funérailles se feront avec la plus grande simplicité ; il n’y aura pas de chambre ardente, et je serai inhumé dans la fosse commune, sans marque distinctive sur ma tombe ».

Mais c’est vers son testament, pour ainsi dire philosophique, écrit bien des années plus tôt, alors que sa tête était mise à prix par les esclavagistes et qu’il ne donnait pas lui-même cher de sa peau qu’il faut prendre la leçon à la mesure de l’homme :

« Que mes amis se souviennent de moi quelques-fois ! au milieu d’un monde de lucre dont la passion d’avarice ne connaissait point de retenue ni de pudeur, je ne me suis pas laissé souiller. J’ai conservé pures mes traditions de probité et de délicatesse. J’ai encore la faiblesse de croire que l’homme a des devoirs, non seulement des devoirs purement personnels, mais aussi des devoirs d’humanité.
J’ai la faiblesse d’avoir foi dans le progrès, dans le succès des causes justes, de l’idée morale.
Ah ! ne laissons pas aller notre société à la dérive sur la mer du lucre et de l’avidité ; ne déroulons pas ces bannières où se trouve écrit « tout pour l’argent », ne renions pas surtout les attributs les plus sublimes et les plus saints de notre nature ; l’aptitude au progrès, la conscience du droit, l’idée morale. Soyons justes et nous serons grands ».

Au surlendemain de son décès, dans sa maison de la rue Robiano, à Schaerbeek, le 12 juillet 1888, il était inhumé au Cimetière de Mons.

Je ne sais pas ce que vous en pensez. Mais pour ma part, je reste ébloui par la justesse de ses appels. Et surtout, plus que jamais, par leur urgence.

Les hommages

Une vie toute entière dédiée à la science et où il a fait briller l’astronomie valait bien une reconnissance de la profession.

Un astéroïde. photo nasa-hubble-space-telescope-oItxIyPKrQM – sur unsplash

C’est chose faite lorsqu’un astéroïde de la ceinture principale découvert le 2 novembre 1931 à Uccle par l’astronome belge Eugène Joseph Delporte fut appelé (2534) Houzeau. Il en découvrira 66…

L’astéroïde (20993) 1985 RX2 de la ceinture principale d’astéroïdes de 2,725 km de diamètre découvert le 5 septembre 1985 à lobservatoire de La Silla, au Chili, par Henri Debehogne a été appelé Virginie Discry, du nom de sa première épouse – signe qu’elle l’accompagna amplement dans ses recherches et ses travaux?

L’astéroïde (20998) 1986 QF1 est un astéroïde de la ceinture principale d’astéroïdes découvert le 26 août 1986 à l’observatoire de La Silla, auChili, par le même Henri Debehogne. Il a été appelé Houzeau de Lehaie, en l’honneur de son frère Charles Auguste Benjamin Hippolyte Houzeau de Lehaie.

Mais en dehors de l’odonymie, il faut relever à Mons, un monument qui commémore son souvenir, qui réfère essentiellement à ses activités d’astronome et de météorologue, deux ans seulement après sa mort.

Le monument, d’une hauteur d’environ sept mètres, Place Louise.

MONUMENT HOUZEAU DE DELAIE MONS source Google Maps

Sur deux faces opposées son médaillon de marbre blanc, dû au ciseau de Charles Van Oemberg et de l’autre les coordonnées géographiques précises du monument.

Dans l’autre axe, à l’origine, un baromètre et de l’autre côté un grand thermomètre encastré dans une plaque de marbre blanc, fonctionnant parfaitement. Il était aussi prévu d’y accrocher quotidiennement les prévisions météo de l’IMR.

Pour couronne l’obélisque, un cadran solaire, une sphère armillaire portant les symboles des constellations zodiacales et à l’intérieur de la sphère un globe terrestre dont l’axe est un tube. Et à travers ce tube, on peut observer l’étoile polaire lors de son passage au méridien de Mons.

A la base de ce projet, un industriel montois, Charles Delnest, qui en eut l’idée et surtout eut à cœur de le financer. Il faut inauguré le 2 juin 1890, par le Bourgmestre de Mons, Henri de Sainctelette.

MONUMENT
HOUZEAU DE LEHAIE
source Google Maps



Bernard Chateau,


La plupart des extraits est issue d’une notice d’ALFRED LEMONNIER. MONS,. HECTOR MANCEAUX, ÉDITEUR. 1889