MARSICK. Une dynastie de virtuoses et de pédagogues. Paul-Louis (7/7)

Paul-Louis, fils d’Armand, est né le 9 février 1916 à Athènes, alors que son père y crée l’orchestre symphonique du Conservatoire d’Athènes, avant de partir à Bilbao, où il fondera l’Orquesta Sinfonica et où il devient premier directeur du conservatoire. Ce qui explique que Paul-Louis ait étudié au Conservatoire de Bilbao, ainsi qu’au conservatoire de Bruxelles.

Musicologue, pédagogue, chambriste et chef d’orchestre, Paul-Louis sera tout cela, sans pour autant, on ne saurait le nier, connaître la carrière internationale de ses aînés: son père, son grand-père, son grand oncle.

Photo de Sergey Zigle sur Unsplash

Le pédagogue

Professeur entre 1948 et 1969, année de son décès, il tentait d’insuffler le goût de la musique à tous les jeunes qu’il rencontrait, tout au long de sa carrière. Il était apte à faire jaillir l’étincelle qui leur ferait aimer la musique. Et on l’a vu enseigner l’harmonie au Conservatoire de Mons, le violoncelle et la musique de chambre à l’Académie de Braine-le-Comte. Il sera aussi professeur de Musique à l’Athénée Provincial du Centre Raoul Warocqué à Morlanwelz, comme j’ai eu l’occasion de le dire.

Et je me dis aujourd’hui, après ces recherches, que c’est peut-être bien par une forme de nostalgie pour l’âme et ses origines slaves qu’il nous apprenait volontiers des chants russes à la chorale qu’il animait, en dehors des heures de cours. C’est qu’alors nous avions le bonheur d’avoir, en dehors de nos horaires, une disponibilité de nos professeurs qui avaient à cœur de nous accompagner plus loin dans leur discipline. Evrard, pour les mathématiques. Et Paul-Louis Marsick en faisait partie, pour la musique. Et j’ai encore l’air et les premières paroles des « Bateliers de la Volga », célèbre chanson traditionnelle folklorique russe, chantée par des haleurs qui y disaient leurs souffrances dans la Russie impériale. La souffrance va si bien à l’expression slave…

Les bateliers de la Volga, par Ilya Repine. Source: musicologie.org

Ce chant a été recueilli par le compositeur Mili Balakirev et publié dans son recueil de chansons folkloriques en 1866.. C’était à l’époque – autre époque – où les Chœurs de l’Armée Rouge étaient à la mode… et nous la chantions en russe. En tout cas, c’est ce que nous croyions, parce qu’il avait l’indulgence de nous le faire croire…

Эй, ухнем!
Эй, ухнем!
Ещё разик, ещё да раз!
Эй, ухнем!
Эй, ухнем!
Ещё разик, ещё да раз!

Hé, ho hisse !
Hé, ho hisse !
Encore un petit effort, encore une fois.
Hé, ho hisse !
Hé, ho hisse !
Encore un petit effort, encore une fois.

Et puis, comme quoi la mémoire est chose étrange, en remuant ces souvenirs, des paroles me sont revenues, vers aimables et musique moyenâgeuse. Et d’un trait, comme si était hier, j’ai repris cette pavane du XVIe siècle, « Belle qui tient ma vie » – en tout cas le premier couplet. Par bonheur, j’étais seul…

Belle qui tient ma vie
Captive dans tes yeux
Qui m’a l’âme ravie
D’un souris gracieux
Viens tôt me secourir
Ou me faudra mourir.

Composée et créée par  Thoinot Arbeau, pseudonyme de Jehan Tabourot, chanoine de Langres, ce chant polyphonique a retrouvé une nouvelle modernité, étant entonné régulièrement dans Kaamelott, par le Roi Arthur.

Mais il n’y avait alors aucun second degré et c’est au premier que nous faisions de notre mieux. L’idée de l’anachronisme et du décalage avec ce que nous écoutions d’ordinaire, du « (I Can’t Get No) Satisfaction » des Stones au « Noir c’est noir » de Johnny ,n’a, je crois, jamais traversé l’esprit d’aucun de nous. Seul le « gracieux« , dont il fallait séparer bien les syllabes, « gra-ci-eux« , nous faisait discrètement pouffer…

Un dernier souvenir me revient : son retour après une longue absence, due à la maladie, à la fin de ma scolarité.

Il est alors amaigri et affaibli, s’appuyant sur l’épaule de l’un de nous pour aller jusqu’à la classe de musique, au premier étage, mais il souriait. Aujourd’hui, je crois que c’était pour le bonheur de partager encore quelques fois avec ses élèves son amour de la musique… Et qui valait bien l’effort surhumain que cela exigeait de lui, et qui devait le laisser épuisé.

Et comment interpréter cette coïncidence étrange : c’est 10 ans après son père Armand qu’il décède, jour pour jour. C’était le 30 avril 1969, après des années de combat contre la maladie.

Le violoncelliste et le chef

Photo Guy Basabose sur Unsplash

Paul-Louis Marsick sera à l’origine de plusieurs formations, dont un Quatuor de violoncelles qu’il crée en 1935. Le Trio du Hainaut, qui viendra bien plus tard, sera composé d’ Edith Nisol, pianiste, et de Maurice Onderet, violoniste.

Paul-Louis Marsick. Source.

Directeur des Jeunesses Musicales du Centre, il créera encore l’ Ensemble instrumental Marsick (1962) dans la Section des Jeunesses musicales, de 1951 à 1967.

Car il s’était installé dans la Région du Centre, à Haine-Saint-Pierre: l’enseignement, à l’Athénée et à l’Ecole Normale de Morlanwelz lui assurerait enfin une stabilité financière qui le sortirait de trop longues années difficiles.

Violoncelliste professionnel, il deviendra chef d’orchestre après une opération ratée du bras, suite à un accident de voiture.

Il épousera Andrée Protat, originaire de Melon, dans la Seine et Marne, avec qui il aura cinq enfants.

L’aîné, Jacques, Professeur d’histoire-géographie pendant toute sa carrière dans le Lot-et-Garonne, n’entretiendra pas moins la fibre musicale et le souvenir familial, en érudit passionné et bénévole. Au sein de la Passerelle musicale en Agenais, qu’il a créé en 2010 et animée pendant 13 années, il a proposé des animations musicales à des écoles maternelles, élémentaires et des collèges et organisé aussi des concerts, après avoir apporté son concours à l’Alpa, association culturelle.

Ainsi se termine une saga. En sept épisodes et trois siècles. Un roman, le roman des Marsick. Un roman au sens entier du terme, qui mériterait d’être sorti des brumes de l’histoire. Une histoire qui montre qu’il y a souvent de l’extraordinaire derrière l’ordinaire qu’on côtoie… et qu’on passe sans doute souvent à côté. N’hésitez jamais à raconter les histoires, la vôtre, celles que vous croisez. N,hésitez pas d’aller à leur recherche. Qui sait, elles apparaîtront peut-être comme extraordinaires à quelqu’un… Souvenez-vous de la vôtre. Elle vous dira de quoi et de qui vous êtes faits.. Et peut-être même qu’une rencontre, qu’une conversation, comme j’en ai eu la chance, vous amènera à redécouvrir un bout de votre histoire, et des tas d’histoires qui s’y rattachent. Sans le savoir… Soyez curieux et tirez le fil.

Cette histoire est évoquée à travers 7 épisodes. Voici de quoi vous orienter:

1/7: Les Marsick. Et l’Ecole liégeoise de violon
2/7: Les Marsick. L’Ecole liégeoise et une dynastie de virtuoses d’origine slave
3/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’Ecole liégeoise de violon: Pierre Joseph
4/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’Ecole liégeoise de violon: Louis François
5/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’école liégeoise de violon: Martin Pierre
6/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’école liégeoise de violon: Armand
7/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et de pédagogues. Paul-Louis 

photo de tête: Lucia Macedo sur Unsplach

Bernard Chateau,

photo de tête: Photo de Trac Vu sur Unsplash