Les temps sont difficiles pour la télévision linéaire et la télévision régionale : le Monde annonce que le groupe CMA Média vend ses 9 chaînes BFM locales, après avoir arrêté BFM Paris IdF.

Certes, cette décision s’inscrit dans un contexte d’économies et de redéploiement stratégique.
Pour autant, elle est un signe d’un éco-système en crise, où les pratiques des usagers se modifient avec les offres des plateformes. D’autant que BFM-Régions constituait un modèle d’efficience et d’agilité, tant en production qu’en diffusion : MOJO ; studio self-op ; régie unique ; expertise dans la monétisation et les synergies publiques.
A ce stade, cette situation interroge la réforme des médias de proximité en FWB.
En préalable, je pose que des médias locaux sont une nécessité pour le vivre-ensemble et forger l’habitus des bassins de vie.
J’ose que les 11 télévisions wallonnes (BX1 a toujours été à part) sont le fruit du temps, dans un découpage fait d’une histoire longue et d’influences, et que le modèle ne s’est jamais réellement interrogé, en dehors de la nécessité d’avoir une existence digitale.
La réforme menée par la Ministre Galant est une réforme « bucheronne » qui supprime et élague, en dehors de toute réflexion professionnelle et de moyen terme. Supprimer des télévisions locales, passer de 11 à 7 (1 par province et 2 en Hainaut et Liège), est une mesure facile et aveugle, qui ignore les réalités des évolutions du secteur, offre et usages.

Il ignore la contrainte d’intégrer les «bassins de vie». De ce point de vue, c’est probablement un accroissement de médias de proximité qui devrait s’imposer. Le Pacte d’Egmont, après les élections d’avril 1977, redéfinissait les Régions, et créait, en Wallonie, 13 sous-régions, réels bassins de vie.
Par contre, alors que la télévision linéaire voit son public fondre et vieillir, les télévisions locales doivent-elles s’obstiner dans ce modèle alors que leur volume de production ne permet pas d’assumer cette linéarité, hors multidiffusions, d’un autre âge.
Je risque que les médias locaux doivent quitter le modèle des télévisions linéaires. Je risque que leur avenir est dans la pluridiffusion numérique, à travers les plateformes, dont Auvio, et les réseaux. Et dans leur site d’information.

Cette reconversion supprime leurs coûts de diffusion, allège considérablement leurs coûts de production, supprimant la nécessité de studios et régies, dans l’adoption du format « mobile journalism », les journalistes apprenant à tourner seuls, à cadrer, à ajuster leur son, à faire le montage eux-mêmes. Cette évolution pourrait en outre s’accompagner de la diffusion d’une synthèse quotidienne, journal de Wallonie, sur une des chaînes de la RTBF.
Mais je pose que ceci suppose que le nombre d’éditeurs locaux au lieu de se réduire devrait être augmenté. Jusqu’à 13 bassins de vie ? Et pourtant les économies seraient au rendez-vous. Dans une réforme qui a le mérite de s’inscrire dans une perspective d’avenir. Contrairement à celle qui est sur la table.
Bernard Chateau