Les télévisions peuvent-elles refuser le grand saut?

Les temps sont difficiles pour la télévision linéaire et la télévision régionale : le Monde annonce que le groupe CMA Média vend ses 9 chaînes BFM locales, après avoir arrêté BFM Paris IdF. Lyon, Marseille Provence, Grand Lille, Grand Littoral, Dici (Alpes du Sud et Haute-Provence), Toulon Var, Nice Côte d’Azur, Alsace et Normandie sont concernés par ce projet. 

Certes, cette décision s’inscrit dans un contexte d’ « optimisation des coûts » (autrement dit d’économie) et de redéploiements stratégiques. Notamment avec l’objectif de se développer dans la création de contenu et les réseaux sociaux.

Pour autant, elle est un signe d’un éco-système en pleine mutation où les pratiques des usagers se modifient en profondeur avec les offres des plateformes. Et malgré le fait que BFM-Régions constituait un modèle d’efficience et d’agilité, tant en production qu’en diffusion : MOJO ; studio self-op ; régie unique ; expertise dans la monétisation et les synergies publiques.

Mais précisément, plus encore pour les télévisions locales que pour les linéaires généralistes, la publicité locale est en berne et a migré vers les plateformes, et les investissements des collectivités locales sont soumis au régime des restructions…  

A ce stade, cette situation interroge la réforme des médias de proximité en FWB.

En préalable, je pose que des médias locaux sont une nécessité pour le vivre-ensemble et forger l’habitus des bassins de vie.

J’ose que les 11 télévisions wallonnes (BX1 a toujours été à part) sont le fruit du temps long puisque la première remontre à 50 ans, dans un découpage fait d’une histoire longue et d’influences, et que le modèle ne s’est jamais réellement interrogé, en dehors de la nécessité d’avoir une existence digitale.

La réforme menée par la Ministre Galant est une réforme « bucheronne » qui supprime et élague, en dehors de toute réflexion professionnelle et de moyen terme. Supprimer des télévisions locales, passer de 11 à 7 (1 par province et 2 en Hainaut et Liège), est une mesure facile et aveugle, qui ignore les réalités des évolutions d’un secteur en crise profonde, offre et usages.

Il ignore la contrainte d’intégrer les «bassins de vie». De ce point de vue, c’est probablement un accroissement de médias de proximité qui devrait s’imposer. Le Pacte d’Egmont, après les élections d’avril 1977, redéfinissait les Régions, et créait, en Wallonie, 13 sous-régions, réels bassins de vie.

Par contre, la vraie question qui se pose est de savoir si dans ce chamboulement des consommations et des attentes, alors que la télévision linéaire voit son public fondre et vieillir, les télévisions locales doivent s’obstiner encore et toujours dans ce modèle alors que leur volume de production ne leur permet pas d’assumer cette linéarité, hors multidiffusions, d’un autre âge.

Je risque que les médias locaux devraient quitter le modèle des télévisions linéaires. Je risque que leur avenir est dans le redéploiement par la pluridiffusion numérique, à travers les plateformes, dont Auvio, et les réseaux. Et dans leur site d’information.



Cette reconversion permet de reconsidérer leurs besoins besoins en investissements et supprime divers coûts recurrents. Elle supprime leurs coûts de diffusion, allège considérablement leurs coûts de production, permet l’abandon de studios lourds et de régies, par l’adoption du format « mobile journalism », les journalistes apprenant à tourner seuls, à cadrer, à ajuster leur son, à faire le montage eux-mêmes. Cette évolution pourrait en outre s’accompagner de la diffusion d’une synthèse quotidienne, journal de Wallonie, sur une des chaînes de la RTBF.

Mais je pose que ceci suppose que le nombre d’éditeurs locaux au lieu de se réduire devrait être augmenté. Jusqu’à 13 bassins de vie ? Sans doute ce plan des sous-régions a-t-il vieilli et doit-il est actualisé. Mais en tout état de cause les économies seraient au rendez-vous. Dans une réforme qui a le mérite de s’inscrire dans une perspective d’avenir. Contrairement à celle qui est sur la table. Je rappelle simplement ceci: « Nous avons besoin de réduire nos coûts [techniques, de production, de grille et de diffusion] sur nos métiers traditionnels pour investir dans les nouveaux segments comme le sport, les créateurs de contenu, les réseaux sociaux », a déclaré à l’AFP la directrice générale de CMA Média, Claire Léost. 

Bernard Chateau