Dernère mise à jour 19 07 2026
Décidément, ce n’est plus comme c’était. Et ce le sera de moins en moins. Résultat: les temps s’annoncent difficiles pour la radio comme pour la télévision linéaires. Tandis que l’évolution ne connaît pas la marche arrière.
Quelques chiffres
Quelques chiffres situeront le recul enregistré: entre 2000 et 2026, en France, l’écoute radio est passée d’un auditoire de 44 à 45 millions d’auditeurs à 38 à 39 millions aujourd’hui (-13 à 15%), et la durée moyenne d’écoute est passée de 3 heures 5′ à 2 heures 45′ / 50′ (-12%). Pour la télévision linéaire, la durée de visionnage est passée de 3 heures 32′ à 3 heures 10′ / 15′.
En Fédération Wallonie-Bruxelles, pour l’écoute radio, sur la même période, on passe de 2,3 millions d’auditeurs à 1,9/2 millions (-15%) et la durée d’écoute passe de 3 H 10′ à 2 H 50′ (-10%). Pour la télévision linéaire, en Belgique francophone on passe d’une durée de visionnage de 3 H 32 à 3 H 10/15′.
Pour la Suisse Romande de 1,10 million d’auditeurs à 0,75/0,8 auditeurs (-30%) et une durée d’écoute de 3 heures à 2 H 20′ (-22%) . Et la télévision passe d’un visionnage de 3 H 10′ à 2 H 20′.
Mais une autre comparaison inquiète: l’évolution des âges moyens.
Il passe en France de +/- 45 ans pour la Radio à 55 ans et pour la télévision de 46 ans à 58 ans, pour la même période…
Alors forcément des questions se posent et des actions s’imposent, qui sanctionnent la réalité ou revoient les stratégies.
Télévision

L’Arcom vient de lancer une consultation publique sur l’avenir de la TNT. Si le devenir de certaines chaînes est au cœur des débats, le régulateur n’exclut plus une évolution radicale, voire l’arrêt pur et simple de la télévision numérique terrestre.
En décembre 2024, le Groupe Canal+ avait donné le ton déjà, un ton courroucé et victimaire. Canal+ quitterait la TNT payante au mois de juin de l’année suivante : derrière le coup d’éclat, l’aboutissement d’une stratégie à long terme. Le groupe actait déjà sa « plateformisation » en rendant les fréquences de Canal+, Canal+ Cinéma, Canal+ Sport et Planète.
Mais France Télévision adopte la stratégie « streaming first« . Le naming est assez clair. Il ne s’agit plus de nier ni de combattre le recul annoncé de la télévision linéaire, non plus que d’espérer freiner la montée en puissance des plateformes: le groupe audiovisuel public engage une transformation structurelle d’ampleur pour s’inscrire dans cette nouvelle manière de consommer la télévision. Pour montrer sa détermination, et donner à voir à son public que l’offre originale sur sa plateforme n’est pas une promesse creuse, tout au long des mois de juillet et d’août 2026, France Télévision traite sa plateforme comme un support à part entière en proposant plusieurs fictions, séries et unitaires, inédites.
Et l’accord de distribution conclu en 2025 entre TF1 et Netflix, la plateforme de contenus la plus répandue en France est entré en vigueur en juin 2026, donnant accès à toute l’offre de TF1 aux abonnés de Netflix. C’est que « les usages et l’équipement des Français ont beaucoup changé » et qu’« une grande partie des abonnés [à la plateforme américaine] regardent presque exclusivement Netflix », a justifié Rodolphe Belmer, le directeur général du Groupe TF1, à l’occasion de la présentation des programmes de la saison 2026-2027 à la presse et aux annonceurs. Concrètement, les utilisateurs de Netflix ont désormais accès à plus de 35.000 heures de programmes issus du catalogue TF1+. Fictions françaises, feuilletons quotidiens, émissions de divertissement, information ou encore événements sportifs sont présents désormais dans l’offre de la plateforme. Pari gagnant: ‘Secret Story’ est entré dans le Top 10 des contenus du moment. C’est que « Netflix est plus gros [en terme d’audience] que les autres, assez nettement », et que cette plateforme s’érige « comme une destination de première intention pour ses abonnés ». Cette diversification qui s’opère en parallèle avec la plateforme TF1+. Par cette décision, Par cette décision, TF1 confirme une évolution des métiers: les chaînes se transforment en producteur de contenus. Mais si la question est effectivement de savoir s’il y a-t-il encore un avenir pour les chaînes, elle n’en élude pas une autre: la question de fond est celle de la fin de l’exception culturelle européenne – et française – et de la perte de souveraineté totale dans l’offre effective des contenus créés. Car non seulement ils se situent dans un environnement « culturel » américain, de plus en plus « maga », mais, dans l’imprévisibilité qui caractérise l’administration américaine, c’est un levier supplémentaire de coercition qu’on lui offre, qui s’ajoute à l’ensemble des accès européens au numérique. Toute tentative de réguler ou d’imposer les plateformes sont vouées à l’échec et n’importe quelle velléité anti-européenne a là un nouveau moyen.
Qu’un projet européen n’ait pas été développé pour permettre d’assurer l’omnidiffusion de nos contenus, y compris sur une plateforme, en même temps qu’une régularisation s’imposant aux acteurs étatsuniens, est une erreur et une faute..
Mais dans cet environnement, un autre danger guette, car –ce n’est pas tout pour la télévision: les téléviseurs dits connectés exercent une influence croissante sur la manière dont les contenus sont découverts, consommés et monétisés. Ils remplissent une fonction équivalente à celle des distributeurs traditionnels, mais échappent pourtant aux obligations décrétales et toute règlementation.
De disruption en disruption, c’est l’éco-système de l’édition et de la production audiovisuelles locales qui sont en vrai danger et doivent se réinventer.
Radio
Du côté de la Radio les choses ne se présentent pas mieux.
La voiture reste le lieu d’écoute de la radio le plus courant, avec environ 89 % des personnes interrogées l’utilisant pour écouter la radio, dépassant l’écoute à domicile (75 %). En France, près de 80 % des conducteurs écoutent la radio en voiture chaque semaine.
En Belgique, la radio est le média dominant en voiture, représentant 95 % de l’écoute audio en Belgique, dont 83 % via la FM et le DAB+.

Mais voilà, pour les constructeurs automobiles, cet équipement représente un coût. Manifestement dispensable: les véhicules de nouvelle génération sont dépourvus de système radio. Et ils préfèrent la solution 100% connectée (et payante) via smartphones…
Car l’obligation européenne, faite depuis le 1ᵉʳ janvier 2022, d’équiper tout récepteur radio embarqué également du DAB+, ne fait pas obligation d’équiper les véhicules de radio. L’aide qu’on a voulu donner par cette obligation au DAB+ face à la résistance de la FM, se retourne ainsi contre… la radio linéaire.
Alors le secteur demande l’introduction d’une obligation européenne d’intégration de récepteurs radio FM et DAB+… On attend de voir… la réaction européenne et celle des constructeurs – notamment chinois et asiatiques…
En tout état de cause, on sent bien que si « l’évolution ne connait pas la marche arrière« , selon le mot de Boris Cyrulnik, elle se satisferait tout aussi mal d’un frein à main… Preuve d’un mouvement que les éditeurs locaux considèrent comme irréversibles, pour suivre ces usages nouveaux, leurs podcasts sont disponibles sur diverses plateformes mondiales, outre leurs propres sites et plateformes qui, manifestement, ne peuvent pas tout. Mais là aussi, c’est la souveraineté des éditeurs locaux sur leurs contenus qui pourrait se *jouer.
Pour autant, le phénomène avait été pressenti par les professionnels: en 2020 déjà l’INA développait une analyse fine du phénomène, évoquant « Interfaces, contenus, usages : quand streaming et radios s’influencent » et finalement une « hybridation » des deux vecteurs linéaires et non-linéaires et constatait que « Les plateformes de streaming sont passées en dix ans d’un modèle de bibliothèque personnelle à une proposition de smart radio », voyant la distinction entre flux et stock s’amenuiser. Cela a commencé avec la musique: cela se généralise.
Aujourd’hui, Radio France fait évoluer ses réseaux, et c’est ainsi que Fance Musique transitionne pour sa part vers un modèle de diffusion hybride : FM, DAB+ et IP (en ligne). Mais le Mouv’ devient 100% digitale (site internet, applications, objets connectés) à l’été 2026,
Et ceci n’est pas de la nostalgie pour « la radio de papa ». C’est aussi, c’est surtout, ici aussi, pour les éditeurs locaux une question de coûts et de monétisation, face aux géants de la mondialisation. Et, encore une fois, un risque de perte de souveraineté sur les contenus locaux, et à terme, une autre forme de dépendance – et de conditionnalité – de l’exception culturelle européenne.
Bernard Chateau
Photos: Sur Unsplash. Benjamin Deyoung et Milan Trninic