Vins et fromages de chèvre en Hautes-Corbières.

Paziols, petit village des Corbières, dernière ou première commune de l’Aude selon qu’on se dirige vers Perpignan ou qu’on en vient, se situe entre le Curé de Cucugnan et l’Homme de Tautavel. Il se plaît à se présenter comme un village vigneron. Et se trouve nouvellement inscrit dans le Parc Naturel Régional des Corbières et Fenouillèdes.

De fait, sur environ cinq centaines d’habitants, le village recense une dizaine de vignerons indépendants, et d’autres, non moins nombreux, qui abondent les Caves coopératives du Mont Tauch, lesquelles regroupent globalement une centaine de vignerons coopérateurs sur un territoire intercommunal.

Vin et fromages de chèvre

Mais depuis quelques années, un chevrier s’y est installé, y fait paître son troupeau et distribue ses fromages, notamment le dimanche matin, sur la place du village.

Alors, immanquablement, dans une infidélité passagère mais assumée à Nourago, on pense à Jean Ferrat, et à sa « montagne »:

Les vieux, ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche, les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre


Et c’est vrai que sa montagne ardéchoise, et Antraigues-sur-Volane, découverts à la fin de l’été 1964, font étonnamment penser à Paziols et au pays des Hautes-Corbières, récemment érigé au rang de PNR Corbières-Fenouillèdes.

Qu’importent les jours, les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne


Les vignes, elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette

Sauf que le vin d’ici est tout sauf une « horrible piquette ». Sinon, on ne vous en parlerait pas.

Mais entre dérèglements climatiques, sécheresses et incendies, orages et grêles, nouvelles modes, c’est vrai qu’il leur en faut du courage aux viticulteurs pour vouloir continuer à « tirer le vin ». Et on voit trop de vignes arrachées, comme autant de plaies dans le paysage, rendu plus vulnérable aux feux.

Derrière le pélardon, il y a toujours une chèvre.

Alors, comme c’est l’été, et qu’il faut vouloir avoir le cœur léger, on déambule dans les rues étroites et autres échappées belles du village, le nez en l’air. Et de la Place de la République jusqu’à l’église, là-haut, une nouvelle exposition de photos a pris place, avec pour simples simaises ses plus anciennes maisons, et quelques murs de vieilles pierres, sans vernissage, petits fours ni flûtes de champagne, mais avec un verre de l’amitié, à l’occasion.

Alors, parce qu’à Paziols tout fait sens au plus près, cette année, Année internationale du pastoralisme, ce sont les biquettes du troupeau de David Bertelli et Romane Crl, installés à Paziols depuis 2021, qui en font la thématique… Avec des photos en couleurs, moments volés par la chevrière elle-même à ses chèvres, complices ou coquines…

Et ses photos sont aussi belles que ses fromages sont bons.

A voir pendant tout l’été.

Bernard Chateau,