MARSICK. Une dynastie de virtuoses et l’Ecole liégeoise de violon. Armand. (6/7)

Dans la lignée des Marsick, c’est Armand qu’il faut maintenant évoquer.
Armand est le fils de Louis François et le neveu de Martin-Pierre. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il continuera la tradition musicale liégeoise et familiale, la portant haut et loin: compositeur, organisateur, virtuose et professeur.

Armand naît à Liège le 20 septembre 1877, et est le seul garçon dans une fratrie où on lui trouve 6 sœurs.

Bien sûr c’est à Liège qu’il se forme au violon.

Armand Marsick
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A 20 ans, à la fin de ses études, brillantes, il quitte Liège pour une brève parenthèse nancéienne d’une année, avant le Graal : Paris. Premier violon aux Concerts Colonne et à l’orchestre de L’Opéra-Comique. C’est là qu’il participe à la création de « La Mer » dirigée par Claude Debussy en personne. Armand Marsick compose frénétiquement. sous l’influence de César Franck, Vincent d’Indy et Gabriel Pierné. Sa première œuvre, « Pensée religieuse » (1894), est dédiée à sa sœur Berthe. Durant cette période, il compose d’autres pièces, comme l’« Adagio pathétique » (1895) pour violon et orchestre, et la cantate « À la science » (1896). il est l’auteur des opéras « La Jane » (1903), « Lara » (1914) et « L’anneau nuptial » (1924) achevés à Bilbao ; de musique instrumentale comme « Sonate pour violon et piano » (1900), « Stèle funéraire » (1902) à la mémoire de son père ; « Cybélie » (1908) ; « Scènes de montagnes » (1910) ; « Tableaux grecs » (1912) ; « Chanson d’amour » (1930) ; « Loustics en fête » (1939) ; ou « Tableaux de voyage » (1939).

Après Paris, Athènes

Mais bientôt s’ouvre une carrière internationale.

En 1908, on le retrouve à Athènes. Il prend en charge la classe de Théorie supérieure et de Composition du Conservatoire d’Athènes, ainsi que l’Orchestre (qui deviendra plus tard l’Orchestre d’État d’Athènes). Cette direction sera complète. Entendez par là qu’elle emportera l’organisation et la préparation des Concerts symphoniques d’Athènes. Son influence sera déterminante, tant au sein de l’Orchestre que dans son enseignement au Conservatoire où son élève le plus brillant en direction et composition fut Dimitris Mitropoulos. Il ne s’est pas contenté de diriger, mais il organisera réellement les saisons de l’orchestre.

Rome et l’amour

Paola et Armand Marsick. Source https://suplimentuldecultura.ro/

Mais cette expatriation aura, pour Armand, un tout autre parfum, bien plus sentimental, puisque c’est celui de l’amour. Passant par Rome et sur conseil de son oncle, Martin-Pierre, il s’arrête chez les Sampieri, une famille dont le destin romanesque mériterait à elle seule un long développement. C’est d’ailleurs à cela que s’est attaché Jacques Marsick, un de ses petits-enfants.

Là il croise la fille de la maison. Ou plutôt, il en tombe immédiatement amoureux. Et c’est réciproque. Paola Sampieri est pianiste et peintre. Elle a le même âge qu’Armand. Elle est née en 1877, comme lui, le 16 juillet. C’est, pour le père, « le serpent qui s’est introduit dans la maison » – on pourrait compter sur meilleur accueil. Mais rien n’y fait : ils se marieront à Rome 7 octobre 1910 et jusqu’à sa mort, septembre 1958 à Familleureux dans le Centre, en Hainaut, à 81 ans. Armand, désolé et inconsolable la suivra quelques mois plus tard, en avril de l’année suivante.

Mais pour l’heur, ils nagent en plein bonheur. Un bonheur que la naissance de leur fils unique viendra couronner, le 9 février 1916, ainsi qu’il apparaît de l’arbre généalogique de Thierry Marsick.

Et puis Bilbao

En 1922, il part pour l’Espagne, où il crée l’ Orchesta Sinfonica de Bilbao et dirige le Conservatoire de Bilbao jusqu’en 1927. Et se fait hispanisant : il dirigera « El retablo de maese Pedro » mais aussi « Les Nuits des jardins d’Espagne » (1909-1916) et « Le Tricorne » (1917-1919) au Conservatoire royal de Liège le 2 décembre 1927, ainsi que des œuvres de Joaquín Turina, Joaquín Nin et Gaspar Cassadó.

Le conservatoire de Bilbao devenant conservatoire national, il se trouve soumis aux lois nationales qui réservent les emplois aux espagnols. Armand préfière partir. Nous sommes en 1927 et il rentre au pays.

À Liège, il dirigea le Conservatoire royal de 1927 à 1942, les Concerts populaires liégeois de 1927 à 1939 et les Concerts Marsick à Bruxelles de 1942 à 1945.

Il participe, à Liège, à 1′Exposition Internationale de 1’Eau, organisant la partie musicale. Il dirigera une cinquantaine de concerts du 21 mai au 30 septembre 1939.

Plusieurs sources documentent son activité et signalent une présence bruxelloise et dans le Hainaut.

Anecdote locale : en 1933 une plaque commémorative aurait été apposée à Jupille sur la maison natale de Martin-Pierre lors d’un concert dirigé par Armand — marque du lien perpétué entre Liège et les activités musicales menées ensuite par la famille. Et signe du lien entre le neveu et l’oncle.

L’OPL, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, n’a pas oublié en 2009 de rendre un hommage au liégeois Armand Marsick, à l’occasion des 50 ans de sa disparition, avec James Ehnes… 

Le prochain et dernier épisode évoquera Paul-Louis, son fils, qui fut mon professeur à l’Athénée Provincial du Centre Raoul Warocqué, de Morlanwelz.

Cette histoire est évoquée à travers 7 épisodes. Voici de quoi vous orienter :

1/7: Les Marsick. Et l’Ecole liégeoise de violon
2/7: Les Marsick. L’Ecole liégeoise et une dynastie de virtuoses d’origine slave
3/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’Ecole liégeoise de violon: Pierre Joseph
4/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’Ecole liégeoise de violon: Louis François
5/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’école liégeoise de violon: Martin Pierre
6/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et l’école liégeoise de violon: Armand

7/7: Les Marsick, une dynastie de virtuoses et de pédagogues. Paul-Louis 

photo de tête: Photo Providence Doucet sur Unsplash

Bernard Chateau,